Interview de Wafa Sultan à la télévision danoise, le 30 septembre 2006

[voir la vidéo sous-titrée]
Bienvenue, Wafa Sultan. Selon vous qu’y a-t-il eu de positif dans la crise des caricatures ?
Merci beaucoup de me recevoir dans votre émission. Nous en tant que musulmans, nous avons été otages de notre propre système, otages de croyances ; depuis des siècles nous avons été otages de notre propre prison.

Nous n’avons jamais entendu d’autres voix, des voix venant du dehors; nous ne sommes pas habitués à entendre d’autres voix. Il nous est à peine permis d’entendre notre propre voix. Alors je vois la publication des caricatures comme la première fissure dans les murs de notre prison, parce que, en tant que prisonnier, il est quasiment impossible de mettre à bas les murs de notre prison. Vous avez besoin de quelqu’un à l’extérieur pour vous aider à le démolir.

Mais vous considérez-vous comme une prisonnière ?
Oui ; j’étais une prisonnière ; j’étais une prisonnière ; vivre aux USA pendant 17 ans m’a libérée, m’a aidée à sortir de la boîte et nous devons en faire sortir aussi les musulmans vivant dans les pays islamiques. Nous devons leur apprendre comment écouter d’autres gens, d’autres opinions, même s’ils n’aiment pas ce qu’ils entendent.

Ce que vous êtes en train de dire, c’est que les caricatures ont aidé beaucoup de gens au Moyen-Orient ?
Absolument. Je vois cela comme un pas dans la bonne direction.

Mais qu’en est-il des aspects négatifs de la crise des caricatures?
Je n’en vois aucun. Publier des caricatures et des critiques encore et encore poussera les musulmans à examiner de plus près leur religion et c’est le seul moyen d’améliorer notre culture, d’améliorer notre religion. Nous devrions être heureux d’entendre la façon dont les autres perçoivent notre religion de telle sorte que nous puissions l’améliorer.

Mais la crise des caricatures n’a-t-elle pas, au contraire, radicalisé les musulmans du Moyen-Orient plutôt que de leur faire…
C’est peut-être ce qu’il semble, mais sur le long terme, ça ne sera pas le cas. Vous êtes en train d’aider les musulmans à s’habituer à la critique, parce que je crois que l’islam, comme tout autre religion, n’est pas au-dessus de la critique. Il y a tant de gens qui critiquent le christianisme, le judaïsme, et …qui s’en soucie ? Alors, pourquoi n’en serait-il pas de même avec l’islam ?

Mais que…je veux dire, vous êtes très critique envers l’islam bien que née et élevée dans cette religion. Qu’est-ce que fait que vous soyez si critique envers l’islam ?
Je crois que le problème de l’islam est profondément enraciné dans ses enseignements. L’islam n’est pas seulement une religion, l’islam est aussi une idéologie politique, qui prêche la violence et applique son programme par la force. Je n’ai jamais critiqué la part religieuse de l’islam. Je respecte la partie religieuse autant que je respecte toute autre religion. Mais je crois que nous devons extirper la politique de l’islam et confiner l’islam -en tant que religion- aux lieux de culte et aux foyers. C’est la seule solution.

Au lendemain de la crise des caricatures, quelle est la force, selon vous, des musulmans modérés dans le monde arabe ?
Je crois que l’appellation de modérés n’est pas correcte ; je ne crois pas qu’il y ait de musulman modéré. Je crois qu’il y a des modérés en terme de culture, des musulmans culturels (modérés), mais pas en ce qui concerne la religion parce qu’en islam, vous DEVEZ croire à TOUS les préceptes comme étant sacrés. Vous ne pouvez pas les changer, vous devez les accepter comme ils sont, sinon vous n’êtes tout simplement pas musulman..

Mais s’opposer à l’islam -les préceptes religieux et les préceptes politiques de l’islam en particulier- comporte toujours une certaine menace pour celui qui le fait, comme vous.
Oui.

Quelles en ont été les conséquences personnelles pour vous ?
Je reçois des menaces de mort quotidiennement, mais ua plus profond de moi, je me sens en paix, vous savez. Je n’ai pas peur.

Vous êtes en paix avec ce que vous faites ?
Absolument. Je crois en ce que je fais, et j’ai décidé de continuer à le faire jusqu’à la fin de mes jours même si je dois sacrifier ma propre vie parce que je crois que nous sommes ici pour une raison et nous n’avons qu’une vie. Il faut donc bien l’utiliser. Vous devez être ici pour une bonne raison. Vous savez, je crois que nos pères, nos grands-pères, nos aïeux ne nous ont légué que des problèmes ; alors pourquoi aurions-nous à laisser le même problème à la génération (suivante) ? Pourquoi ? Nous devons faire quelque chose.

Mais vous avez dit au début qu’une fissure avait été ouverte dans le mur par le Jyllands-Posten et les 12 caricatures.
Oui.

Pensez-vous que cette fissure s’agrandira, que le mur…
Aucun doute quant à cela. Ça se produira, aucun doute. Je ne…Écoutez, la mentalité musulmane a été façonnée au cours de 14 siècles, sans aucune remise en question, alors il n’est pas facile de changer cette mentalité du jour au lendemain ; ça prendra longtemps et énormément d’efforts. Mais à la fin, nous obtiendrons des résultats positifs. Nous devons être optimistes là-dessus. Nous devons avoir de l’espoir pour aller de l’avant. Je n’abandonnerai jamais espoir quelles que soient les circonstances.

Même si les forces radicales dans le monde arabe -en Égypte, en Irak ou en Syrie, votre propre pays- semblent gagner des forces à l’heure actuelle ?
Je ne suis pas surprise de leurs réactions, parce qu’ils n’ont jamais entendu d’autres voix ; c’est, je crois, une réaction très naturelle. Mais plus vous le ferez, plus ils s’habitueront à cela. Alors, continuez simplement dans cette voie.

Pensez-vous que l’islam ait un rôle à jouer dans le monde moderne ?
Bien entendu, mais pas dans son état actuel. J’ai une opinion très différente sur ce point et beaucoup d’amis m’ont conseillé de polir mon message et d’adoucir ma façon de dire ces choses. J’ai essayé mais je n’y arrive pas. Je perçois la vérité comme étant nue et je crois qu’il est plus important de la laisser nue. Je ne peux pas, pour l’enjoliver, lui mettre une plus belle robe. Alors, je vais le dire franchement comme j’ai fait jusqu’ici. Je ne crois pas que l’islam puisse être réformé. Je n’y crois vraiment pas. Je crois que l’islam sera transformé et il faudra des chefs religieux intrépides et des gens très fin pour conduire à cette transformation. Si l’islam était transformé, alors oui, il aurait une rôle et jouer dans notre monde.

Mais voyez-vous de tels leaders et de telles personnalités intellectuelles quelque part dans le monde arabe ?
Il faut que nous fassions davantage pression sur eux s’ils affirment qu’ils peuvent réformer l’islam, il faut que nous les mettions au défi. Prouvez-nous, prouvez-moi que j’ai tort et faites-le. S’ils pensent, s’ils déclarent qu’ils peuvent réformer l’islam, nous devons leur donner l’opportunité de le faire et nous devons faire davantage pression sur eux pour qu’ils le fassent. Nous devons les encourager à le faire. Une fois l’islam transformé, nous serons dans la bonne direction. Une fois qu’il sera transformé, à ce moment, l’islam sera capable de jouer un rôle positif dans nos vies.

Wafa Sultan, vous êtes au début d’une très longue route. Merci beaucoup d’être venue.
C’était un plaisir d’être ici. Merci beaucoup.

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